Le désir sexuel et le désir d’égalité ne suivent pas les mêmes règles du jeu

L’accent mis sur une sexualité égalitaire et respectueuse, purgée de toute expression de pouvoir, d’agressivité et de transgression, peut aller à l’encontre du désir érotique, aussi bien celui des hommes que celui des femmes.

Face à la brutale réalité de la violence, des viols, du trafic sexuel, de la pornographie à caractère pédophile, des féminicides, nous devons être très attentifs aux abus de pouvoir qui s’insinuent dans les rapports sexuels entre les gens. Mais la poétique du sexe est souvent politiquement incorrecte car elle se développe dans des jeux de pouvoir et des renversements des rôles.

Beaucoup des femmes acceptent mal leur désir de soumission sexuelle, pourtant sortir de soi est tout l’intérêt de l’érotisme. Les interdits que nous respectons au grand jour sont souvent ceux que nous aimons transgresser dans l’obscurité. Voilà un espace alternatif où nous pouvons transgresser, jouer sans danger avec nos tabous. La force de l’imagination érotique c’est de pouvoir outrepasser la raison et les conventions sociales.

Si on érotise les dynamiques de pouvoir et d’autorité qui sont à l’œuvre dans une relation affective, elles peuvent devenir très excitantes. Dans nos fantasmes, l’autorité qu’on exerce sur nous peut nous offrir un cadre pour libérer notre désir. Ce déséquilibre du pouvoir est à la foi sécurisant et excitant, protecteur et libérateur.

Certains diraient que le désir de soumission d’une femme n’est rien qu’une réaffirmation de la traditionnelle domination masculine. Les jeux sexuels dans lesquels l’un de partenaires domine et exerce le contrôle, pendant que l’autre est passif et faible, sont de nature hiérarchique, oppressive, une reprise sexiste du patriarcat. Mais les prisonniers ont rarement le désir de se revendiquer comme tels, c’est souvent les personnes les plus libres et fortes qui peuvent le faire. Être capable de jouer ces différents rôles indique qu’on ne le subit pas, ou plus. Pour certains, être contrôlés sexuellement est en soi un acte subversif et en fin de compte libérateur (ex. homme/femme avec beaucoup de pouvoir dans la vie réelle, et donc beaucoup des responsabilités).

On cherche à neutraliser la question du pouvoir dans le couple, reste que les négociations de pouvoir font partie intégrante des relations humaines, et ce depuis l’enfance. Qui, à part nos parents et nos conjoints, peut nous mener aussi vite jusqu’au point d’ébullition ? La rage est mêlée à la dépendance, la haine accompagne l’amour.

Les adeptes du sadomasochisme et de la domination-soumission imposent leur désir sans la crainte de faire mal, car les règles sont claires et négociées au préalable, ce qui permet de se sentir en sécurité, et le plaisir de celui qui est dominé doit être au rdv, sinon ça ne marche pas. L’érotisme du pouvoir n’est pas violence ni souffrance. Les contrats soigneusement négociés qui spécifient ce qui peut et ce qui ne doit pas être fait, par qui, à qui, et combien de temps, sont là pour garantir le plaisir et la sécurité. On se soumet tant qu’on est prêt à le faire, on domine aussi longtemps qu’on y est autorisé.

Dans cet univers sexuel, prendre le pouvoir est un jeu, une expérience, une façon de vivre des relations qui nous répugneraient dans la vie réelle. Si au quotidien nous évitons d’être dépendants, nous nous sentons mal à l’aise face à notre propre agressivité, nous avons de l’aversion pour la soumission ou l’autonomie, il en va autrement dans notre vie érotique. Le théâtre du sexe peut agir comme une catharsis.

Mettre à jour les dynamiques de pouvoir au sein du couple, les rendre manifestes, examiner les tensions et réparer les injustices, mais aussi chercher le moyen de l’exprimer sans danger et sans peur, de façon créative, peut être un travail fait en thérapie.

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