Plus d’intimité, moins de sexe

L’amour a besoin de proximité, le désir de distance. Lors de la première séance avec un couple je demande aux deux partenaires comment ils se sont rencontrés et ce qui les a attirés l’un vers l’autre. Parfois, ils ont besoin qu’on les aide à se souvenir de la façon dont leur histoire a commencé. C’est dans la création de ce mythe conjugal qu’on trouve les clés de compréhension de l’histoire de leur relation.

J’écoute deux personnes parler de la fusion qui a accompagné la naissance de leur amour, j’entrevois les rêves qui les ont propulsés les ont propulsés l’un vers l’autre. Dans toute relation, la première étape est faite de fantasmes.

Plus tard l’ironie de la chose est que ce qui produit une intimité agréable ne produit pas toujours une sexualité satisfaisante, la chute du désir peut être une conséquence non intentionnelle de l’intimité. Ces couples ne semblent pas manquer d’intimité mais plutôt en partager une de qualité. La sexualité est davantage que la métaphore de la relation, elle existe seule, à la manière d’une histoire parallèle. L’intimité d’un couple peut bien sûr nous dire beaucoup des choses sur leur sexualité, mais pas tout.

La distance est une condition nécessaire pour que le lien se forme, quand l’intimité vire à la fusion, il ne s’agit plus d’un manque mais d’un excès de proximité, excès qui entrave le désir.

Ce double besoin de lien et d’indépendance, souvent conflictuel, est un thème central de notre vie, dès l’enfance. Nous voulons la proximité, mais pas au point de nous sentir pris au piège, pas au point que cet attachement soit trop pesant. Une fois que la liberté et la spontanéité, nécessaires à l’expression du désir, sont hypothéquées, les gens se sentent pris au piège de l’intimité. Il y a un passage du rapprochement à la séparation dans toute relation, même après l’acte sexuel.

L’intimité est le produit de l’attention croissante que nous portons au bien-être de l’autre, de l’inquiétude pour l’autre. Or, l’excitation sexuelle fait jouer notre capacité à ne pas nous inquiéter et la recherche de plaisir nécessite une certaine dose d’égoïsme, de pouvoir s’abandonner.

Dans certains couples, un partenaire abandonne la plupart de ses activités pour fusionner avec l’autre et l’autre est tellement protecteur qu’il ne peut pas être amant. Il est difficile de se sentir attiré par une personne qui a abandonné son autonomie. Il faut alors instaurer de nouveau une certaine différenciation et recréer la distance. Ressentir du désir est une chose difficile quand on vit la pression constante de l’inquiétude. Créer un espace entre deux où le désir peut à nouveau circuler peut être très aidant. Mais il est difficile d’introduire cette distance dans les relations. C’est ça l’intelligence érotique : rétablir la distance pour érotiser le partenaire et la rendre vivante.

Notre capacité à tolérer cette distance, et l’insécurité qu’elle implique, peut être une condition nécessaire au maintien du désir et de l’intérêt au sein d’un couple. Il est important de développer une intimité personnelle, avec soi-même, pour faire contrepoids au couple. L’amour parle souvent de posséder, le désir de vouloir, d’expression d’une envie d’insaisissable. Le feu a besoin d’air.

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