Le conflit entre l’hédonisme et le puritanisme

Il y a une explication supplémentaire à la mort du désir dans le couple au-delà de la litanie :disputes, bouderies, manque de confiance, déceptions, reproches…c’est la profonde ambivalence de notre culture vis-à-vis de la sexualité.

Tout en reconnaissant l’importance de celle-ci, nous hésitons entre deux extrêmes : une licence excessive et une démarche répressive. C’est tout ou rien, pendant que des sites pornographiques prolifèrent nous continuons à débattre au sujet de l’éducation sexuelle à l’école. Même si on connaît une liberté sexuelle sans précédent, on continue à encadrer sévèrement la sexualité. Le conservatisme dans ce domaine ( apologie de l’abstinence, combat contre l’homosexualité, attaques contre les lois sur l’avortement…) et l’attitude moralisatrice envers tout ce qui s’écarte de l’hétérosexualité, la monogamie, le mariage et la reproduction, trouvent sa source dans la profonde méfiance à l’égard du plaisir. Dans le même temps, jamais on n’a autant exhibé le sexe, il est partout.

Les couples vivent au milieu de cette ambivalence et doivent se débrouiller avec ces systèmes de valeurs concurrents. La culture du sexe nous indique ce qui doit nous attirer et ce que nous devons vouloir, ça renforce la coupure profonde entre ce qu’on nous pousse à désirer et ce qu’on nous autorise à posséder. L’idée fondamentale que le sexe est sale demeure incontestée. Pourtant, la sexualité est un apprentissage humain normal. Une société qui voit le sexe comme une souillure ne l’élimine pas pour autant. Au contraire, l’atmosphère devient anxiogène, pleine de culpabilité, honte et malaise. Alors que le sexe devrait s’inscrire dans une continuité émotionnelle et sociale. Une relation équilibrée à l’érotisme se construit sur une attitude décontractée, généreuse et libérée envers les plaisirs du corps, attitude que notre culture continue de combattre.

Les répercussions de cette ambivalence sont nombreuses, une grande partie du travail de sexologues en cabinet est d’aborder la honte et l’angoisse liées à la sexualité, des sentiments qui poussent les gens à se désengager de leur relation, de peur d’être jugés et rejetés. On donne notre approbation, on réduit l’anxiété, on normalise les fantasmes et les désirs, on s’intéresse aux distorsions engendrées par la mauvaise image dont souffre le corps. On traite les secrets et les silence d’une éducation sexuelle absente, on s’attaque aux messages culturels et familiaux qui entravent l’expression de l’érotisme. Au cours de la thérapie, un processus de levée des inhibitions se met en place, qui encourage l’expression corporelle et la négociation de certaines limites. Pas à pas, les couples apprennent à s’accorder, cela prend du temps. Comprendre et vivre l’érotisme, le plaisir pour le plaisir !

Que signifie le sexe pour vous ? Est-ce que vous parliez dans votre famille, et comment ? Quels sont les événements importants qui ont façonné votre sexualité ? Qu’est-ce que vous aimeriez essayer ? Qu’est-ce qui vous ferait le plus peur ? Ces conversations peuvent être audacieuses et stimulantes, plus centrées sur les possibles que sur les problèmes.

C’est angoissant de s’exposer sur le plan érotique devant l’autre quand on pense que le sexe est quelque chose honteux. Le défi posé à l’intimité sexuelle est de ramener l’érotisme à la maison. Le sexe c’est sale, réservez-le à la personne que vous aimez ! En étant capable de faire coexister l’amour et le sexe, on transcende le champ de bataille du puritanisme et de l’hédonisme.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *