
Approche pragmatique, objectifs, résultat en (souvent) 10 étapes, la diminution de désir serait un problème de fonctionnement qui peut être résolu avec moultes actions : mieux gérer son emploi du temps, mieux communiquer, prendre de la testostérone, du viagra, lire des livres, regarder des vidéos et utiliser des gadgets…L’accent est mis sur l’exploit physique plutôt que sur le désir et le plaisir, ce qui va de pair avec la valorisation des organes génitaux et la domination masculine.
Le domaine de la sexualité est dominée par des statistiques, fréquence et nombre d’orgasmes. Combien des fois ? Avec quelle intensité ? Pour quelle performance ? L’amour, l’intimité, le pouvoir, la soumission, la sensualité, l’excitation font moins la une des journaux. L’érotisme, l’expression non mesurable de notre vitalité et de notre imagination, se trouve réduit à une « arithmétique physiologique ». Si le sexe est seulement une fonction alors l’idée de dysfonction surgit. Et nous ne parlons plus de l’art de la sexualité.
On est passé de moraliser la sexualité à la normaliser, et l’anxiété de performance est la version laïque de notre vieille culpabilité religieuse. Souvent, s’occuper de la performance et de la fiabilité accentue les problèmes plutôt que les résoudre. Le culte de la performance sexuelle parfaite génère ses propres inhibitions et angoisses. Le « travail » ne suffit pas, l’espace érotique devrait être un lieu où nous pourrions nous abandonner avec délice au plaisir, loin de notions de productivité. Comme faire un saut dans un autre monde, et cela implique une perte de contrôle dont nous sommes souvent méfiants. L’intensité serait plus important que la fréquence. La solution est souvent une surprise.

Le désir est ambivalent, un énigme, qui se trouve entre la liberté et l’engagement, l’intimité et la passion, et on a besoin de deux. C’est comme expirer et inspirer. La tension entre la sécurité et l’aventure est un paradoxe à gérer, pas un problème à résoudre. Réconcilier les deux dans un couple est bien le défi posé à l’idéal moderne de l’amour. Certains aime le sexe, d’autres en ont besoin pour vivre. Assumer un conflit et vouloir l’éliminer sont deux choses très différentes. La survie du désir réside dans la reconnaissance et la gestion de cette dualité.
Que faudrait-il pour qu’on se sente exalté et en sécurité dans la même relation ? Pourquoi n’associons nous pas l’euphorie et l’allégresse à l’amour et à l’engagement ? Comment peut-on préserver le sentiment de liberté au cœur d’une relation intime ?
Quand l’angoisse apparaît, on laisse tout tomber, mais elle peut être un outil, un baromètre qui mesure notre envie de prendre des risques. « Nous pestons contre les difficultés qui jonchent notre chemin ardu, nous maudissons chaque pierre tranchante sous nos pieds, jusqu’au moment où, enfin, au cours de notre maturation, nous baissons les yeux pour voir qu’il s’agit des diamants »
Nous n’avons ni le temps ni la patience pour mener une réflexion ouverte sur la sexualité. Nous préférons être proactifs, réaffirmer notre maîtrise. Des couples se plaignent de la routine abrutissante de leurs vies. Mais en investissant dans des solutions pragmatiques pour faire l’amour, nous risquons d’accentuer la fadeur à laquelle nous voulions échapper.
L’érotisme nous pousse à chercher une solution différente, à accepter l’inconnu et l’insaisissable, et à mettre à mal les limites du monde rationnel.
